Pendant vingt ans, la découverte musicale a été présentée comme un problème de personnalisation. Plus la machine nous connaît, plus elle est censée nous montrer ce que nous voulons entendre.
Mais le goût ne naît pas seulement de ce que nous voulons.
Il naît des erreurs, des obsessions des autres, des morceaux entendus au mauvais moment, des disques choisis par quelqu’un dont on ignore presque tout.
James Quentin Devine, chanteur et parolier de Scaled Alps, résume le problème autrement : “The ideal consumers are sold themselves first.”
La radio, elle, conserve une qualité difficile à simuler : quelqu’un d’autre est responsable.
Un DJ choisit. Le morceau arrive. L’auditeur n’a pas demandé qu’un système lui renvoie une version raffinée de son propre historique.
C’est dans ce contexte que Let the Alpine Play, album de seize titres de Scaled Alps, devient intéressant. Le disque traverse plusieurs langages musicaux sans chercher à se fixer dans une seule catégorie. Il demande moins : « À quoi cela ressemble-t-il ? » que : « Qui va décider de le passer ensuite ? »
Devine écrit : “Culture isn’t being distributed — it’s being warehoused.”
Un sélecteur ouvre la porte de l’entrepôt.